A/HRC/44/39/Add.2
politique sectorielle de l’emploi ciblant le secteur privé, ces programmes seront généralisés
aux autres secteurs professionnels. Toutefois, des efforts supplémentaires sont encore
nécessaires, d’autant plus que sur le plan social, la formation professionnelle souffre d’une
absence totale de statut, de reconnaissance et de prestige, puisque l’opinion publique la
considère toujours comme une perspective pour les personnes qui n’ont pas réussi dans la
vie et qu’en outre, le monde politique estime qu’elle coûte cher.
E.
Fuite des cerveaux
40.
La Tunisie fait face à une fuite des cerveaux qui ne cesse d’augmenter. De façon
structurante, le pays est en train de perdre des ressources et des compétences humaines.
41.
Sur tous les départs à l’étranger comptabilisés en 2018, 48 % sont le fait de jeunes
diplômés, et seulement 5 % des étudiants bénéficiant de bourses pour étudier à l’étranger
reviennent en Tunisie une fois leurs études terminées. Cela constitue un défi important,
puisque les étudiants poursuivant leur cursus universitaire à l’extérieur du pays représentent
un coût bien plus important que ceux qui étudient en Tunisie. Ces refus de revenir au pays
s’expliquent facilement par des conditions socioprofessionnelles souvent délicates, et par
des perspectives professionnelles de qualité insuffisante ayant aussi des répercussions
négatives sur la qualité de vie personnelle.
F.
Privatisation
42.
Par suite d’une multiplicité de grèves et de crises sociales en Tunisie, la qualité de
l’éducation dans les institutions publiques s’est détériorée. En conséquence, le phénomène
de privatisation de l’enseignement est devenu de plus en plus marqué. Par exemple, selon le
Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, le système privé
d’enseignement supérieur s’est développé pour atteindre 72 établissements en 2017-2018 –
ce qui représente 26,2 % de l’ensemble des établissements du secteur de l’enseignement
supérieur – desservant quelque 31 177 étudiants, soit environ 11,5 % de la population
estudiantine. En 2017, le nombre de diplômés des établissements de l’enseignement
supérieur privé s’est établi à 8 522, par rapport à 3 259 en 2011-2012. Leur pourcentage par
rapport à l’ensemble des diplômés de l’enseignement supérieur est passé durant la même
période de 4,52 % à 13,15 %.
43.
C’est au niveau de l’enseignement préscolaire que le phénomène est le plus
prégnant, avec une proportion d’établissements privés ayant grimpé jusqu’à 90 %, à un
moment donné. Ce phénomène engendre de multiples risques : de nombreuses institutions
de la petite enfance ne respectent pas les normes établies et le cahier des charges mis en
place par le Gouvernement ; et les animatrices du niveau préscolaire ne sont pas formées
conformément aux normes en vigueur. De plus, ces institutions sont souvent hors de prix,
excluant ainsi les enfants issus de milieux défavorisés. Enfin, il faut noter que les
inspecteurs de l’éducation préscolaire n’ont accès qu’aux établissements légaux et
n’exercent aucun contrôle sur les institutions créées sans autorisation officielle.
44.
La Rapporteuse spéciale a toutefois été heureuse d’apprendre que le Gouvernement
avait commencé à appliquer une politique plus stricte aux écoles préscolaires privées, avec
pour conséquence la fermeture de celles qui ne respectaient pas les normes et le cahier des
charges national. Un projet de loi a été déposé à l’Assemblée des représentants du peuple
pour réorganiser le secteur de l’enseignement préscolaire et des jardins d’enfants, qui sont
sous la tutelle du Ministère de la femme, de la famille et de l’enfance, afin de promouvoir
ces structures éducatives. Ce projet de loi vise à fixer les conditions d’ouverture des crèches
et des jardins d’enfants selon un cahier des charges, et prévoit des sanctions en cas de nonrespect des réglementations.
45.
Malgré tout, la Tunisie reste un pays doté d’une culture de l’école publique. On
constate déjà une diminution de la présence du secteur privé au niveau préscolaire, qui est
descendue de 90 % à 70 % depuis la mise en œuvre de la nouvelle stratégie en matière
d’éducation préscolaire. En outre, aucun régime politique n’a remis en cause la gratuité de
l’université.
10
GE.20-06713
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