A/HRC/44/39/Add.2
61.
Des grèves récurrentes ont été signalées par la plupart des acteurs rencontrés au
niveau tant central que local. Il serait judicieux de développer des espaces de dialogue avec
une franchise et une responsabilité partagée mettant en avant l’intérêt des élèves et de la
société tunisienne.
62.
Dans le domaine de la formation professionnelle, la Rapporteuse spéciale prend note
que l’objectif du Gouvernement d’arriver à une répartition de 50 % de formation
professionnelle et 50 % d’éducation classique en 2014 n’a pas été atteint.
63.
La formation professionnelle est encore perçue comme étant très chère et constitue
un choix de dernier recours. Le Ministère de la formation professionnelle et de l’emploi la
considère comme un vecteur de progrès social. Pratiquement tous les maires tunisiens ont
émis un désir d’avoir un centre de formation professionnelle dans leur commune. La
Rapporteuse spéciale a noté, pendant sa visite dans un centre de formation professionnelle
en télécommunications, à Tunis, que les apprenants qui sortent de ce centre ont un taux
d’employabilité de près de 100 %. Il est donc impératif de mettre suffisamment de moyens
pour garantir la qualité des acquisitions et généraliser ces bonnes pratiques.
B.
Accessibilité
64.
Comme l’indiquait le précédent Rapporteur spécial dans son rapport de 2012
(A/HRC/23/35/Add.1), la Tunisie a fait un grand pas en avant en ce qui concerne l’accès à
l’éducation. Pratiquement toutes les parties prenantes rencontrées par la Rapporteuse
spéciale ont affirmé que l’accès à une éducation de base était une réalité, malgré quelques
insuffisances. Néanmoins, la Rapporteuse spéciale a pu constater que malgré des
améliorations certaines en matière de démocratisation de l’enseignement public, le système
éducatif faisait encore face à de nombreux obstacles.
65.
S’il est vrai que l’accès à l’éducation n’est plus lié au genre, il demeure en revanche
lié au problème de la pauvreté, et donc aux inégalités sociales, qui creusent un fossé
indéniable entre les élèves issus de milieux sociaux différents. Le rôle d’ascenseur social
assigné au système éducatif il y a quelques années n’est plus d’actualité, et même si le
cadre légal favorise encore la gratuité de l’éducation, les coûts indirects pour les familles
sont très élevés. En effet, l’inégalité des chances entre les élèves issus de milieux
défavorisés et ceux issus de milieux aisés est forte, et la pauvreté de la famille définit
souvent le cursus scolaire de l’élève.
1.
Les milieux défavorisés et les familles démunies
66.
Dans ses discussions avec les différents interlocuteurs de la société civile et les
directeurs d’école, la Rapporteuse spéciale a pu constater une inégalité entre les milieux
favorisés (zones urbaines) et défavorisés (zones rurales). En milieu rural, certains élèves
continuent de devoir parcourir entre sept et huit kilomètres pour accéder à l’école, ce qui
influe négativement sur leur accès à l’éducation. Pour être considérées comme accessibles
au sens des quatre « A » de l’accès à l’éducation, les écoles devraient être situées à une
distance sûre et raisonnable des communautés.
67.
Au niveau préscolaire, on observe également des inégalités sociales entre les milieux
favorisés et défavorisés. En effet, seulement 40 % des enfants y ont accès, provenant
presque exclusivement des milieux favorisés. Cette inégalité semble aussi exister dans
l’enseignement secondaire, où seulement 0,44 % des élèves des lycées pilotes proviennent
d’un milieu défavorisé. Ces inégalités d’accès à l’éducation sont d’autant plus frappantes
que, lorsque l’on regarde la carte du pays, il semble que l’accès à l’éducation soit lié aux
inégalités entre les régions, c’est-à-dire entre le littoral et l’intérieur du pays. Les régions de
l’ouest présentent un taux de pauvreté de 32 % par rapport à seulement 8 % pour les régions
côtières. Au niveau de l’enseignement primaire, certains enfants habitant dans la région du
Kef doivent marcher parfois plus d’une heure pour se rendre à l’école, et ce, même de nuit.
Quant au niveau secondaire, le taux de réussite au baccalauréat est de 43 % dans la région
de Sfax par rapport à seulement 11 % dans la région de Kasserine, et ses élèves auraient
0,7 % de chances d’accéder aux filières médicales, par rapport à 1,7 % pour la moyenne
nationale.
GE.20-06713
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