A/HRC/44/39/Add.2 68. La Rapporteuse spéciale a également constaté une discrimination dans les classes préparatoires pour les enfants de 5 ans. En Tunisie, avant de commencer ce que l’on peut appeler « la vraie école », dès l’âge de 5 ans, les enfants ont la possibilité de fréquenter des classes préparatoires. Même quand ils sont publics, ces cours, non obligatoires, sont payants. La participation est de 15 dinars tunisiens, mais cette modique somme reste une dépense coûteuse pour les familles démunies. Or, les enfants qui fréquentent une classe préparatoire ont un meilleur taux de réussite plus tard dans leur scolarité. 69. En outre, selon des informations fournies par la société civile, en 2015, il y avait 23 500 enfants en classes préparatoires publiques, tandis que 99 000 enfants étaient inscrits en première année de primaire l’année suivante. Cet écart peut s’expliquer soit par le fait que la majorité des enfants inscrits en première année n’étaient pas allés en classe préparatoire, soit par le fait qu’ils étaient allés en classe préparatoire privée. On note qu’il existe 4 735 écoles primaires, mais seulement 2 094 classes préparatoires. En outre, l’offre des classes préparatoires privées semble davantage axée sur la préparation des enfants à l’entrée à l’école. Le résultat est une première année d’école obligatoire à trois vitesses : celle des enfants qui ne sont pas allés en classe préparatoire, celle des enfants qui sont allés en classe préparatoire publique et celle des enfants qui sont allés en classe préparatoire privée. Cette situation risque d’être difficile à gérer, pédagogiquement parlant, pour les enseignants et enseignantes qui doivent trouver un terrain d’entente pédagogique pour des enfants qui n’ont pas les mêmes acquis. 2. Les filles 70. La Rapporteuse spéciale constate que la proportion de scolarisation chez les filles, par rapport aux garçons, lors du cycle primaire est passée de 45,8 % en 1991 à 48,3 % au cours de l’année 2015-2016. Le taux de décrochage scolaire chez les filles en cycle primaire a baissé, passant de 41 % en 1994-1995 à 0,88 % en 2014-2015. En 2017-2018, les étudiantes représentaient près de 62,8 % des inscriptions dans l’enseignement supérieur. 71. Malgré ces améliorations, la société civile a exprimé sa préoccupation quant au fait que les filles sont toujours défavorisées dans l’accès à l’éducation. Par exemple, les familles confrontées à la nécessité de choisir privilégieront souvent l’éducation des garçons plutôt que celle des filles. Par ailleurs, la société civile a indiqué que l’hygiène rudimentaire des infrastructures était l’une des raisons d’abandon scolaire des filles, au niveau de l’enseignement secondaire. En effet, pendant sa visite d’un lycée, la Rapporteuse spéciale a remarqué que les toilettes des filles étaient en mauvais état, insalubres et sans possibilité de fermer les portes afin de garder un peu d’intimité. C. 1. Acceptabilité La vétusté de l’infrastructure 72. La vétusté de l’infrastructure ne se limite pas aux toilettes des filles, surtout dans la région de Kairouan. À Kairouan, la Rapporteuse spéciale a visité des écoles primaires qui n’avaient ni eau potable, ni cantine, ni fournitures scolaires. Leurs bâtiments avaient un besoin urgent de rénovation, au point que l’administration avait décidé de fermer certaines salles de classe pour des raisons de sécurité pour les élèves. Dans un lycée visité dans la ville de Kairouan, trois salles de classe étaient sur le point de s’effondrer, la salle de sport avait besoin d’être réparée et les toilettes des garçons étaient à refaire. Dans une autre école secondaire, les appareils de cuisine achetés il y a quelques années étaient encore dans leur emballage d’origine, en raison du manque de budget pour leur installation adéquate. 2. Les manuels scolaires 73. La Rapporteuse spéciale félicite les acteurs du Ministère de l’éducation et tous les acteurs du secteur pour avoir révisé les manuels du niveau primaire afin de supprimer les stéréotypes liés au genre. 14 GE.20-06713

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