A/HRC/25/32
vie, devait servir uniquement à maîtriser les personnes devenues violentes et ne pas cibler
l’ensemble de la foule. Lorsqu’il était nécessaire de disperser une foule, il fallait
systématiquement rechercher des méthodes non violentes consistant notamment à demander
aux personnes concernées de se disperser, à créer des poches isolées, à diviser la foule, à
bloquer l’accès à la réunion ou encore à canaliser la foule pour faciliter la dispersion.
Un expert a relevé qu’il existait souvent, dans les groupes d’agents des forces de l’ordre,
une logique interne et une dynamique particulière qui devaient être comprises. Il importait
vraiment d’établir une bonne communication entre les divers organismes chargés
du maintien de l’ordre, ainsi qu’entre les agents des forces de l’ordre et les manifestants.
Plus généralement, le représentant d’une organisation non gouvernementale a fait observer
qu’il importait également d’examiner le rôle que jouaient les agents des forces de l’ordre
dans les espaces publics et comment le comportement de ces agents pouvait faire basculer
une foule dans la violence ou, au contraire, apaiser une situation.
35.
D’une manière plus générale, les experts se sont dits préoccupés par l’utilisation des
termes «pacifique» et «non pacifique» pour qualifier une réunion ou une manifestation.
Le plus souvent, la majorité des participants à une manifestation demeuraient pacifiques et
le fait de qualifier une manifestation de «non pacifique», en justifiant ainsi les actes de
répression de la part de l’État, pouvait poser problème et aboutir à une protection
insuffisante des manifestants non violents. Un expert a encouragé les États à cesser de
percevoir les manifestations pacifiques comme une menace et a ajouté qu’un tel
changement d’état d’esprit serait un pas important vers la tenue de manifestations
pacifiques.
36.
Pour prévenir la violence et les violations des droits, il était essentiel de faire en
sorte que les forces de l’ordre disposent de moyens modernes, adaptés et non létaux,
notamment des lances à eau et des équipements de protection. Plusieurs experts ont
néanmoins fait observer que l’utilisation abusive d’armes ayant moins d’effets létaux,
comme les gaz lacrymogènes, pouvait aussi aboutir à des violations. Des exemples de
brutalités policières à l’encontre de manifestants ont été cités − notamment des cas
d’utilisation d’aérosols chimiques toxiques et d’utilisation excessive et impropre de gaz
lacrymogènes − dont certains avaient provoqué la mort des victimes par suffocation.
Les experts étaient unanimes à estimer que des directives devaient être élaborées dans ce
domaine. Plus précisément, il fallait établir des directives axées sur les aspects pratiques et
opérationnels qui décrivent la manière et les moyens de faciliter la manifestation pacifique,
y compris dans le contexte de réunions entachées de violence, ainsi que le type d’armes, les
méthodes et les tactiques à utiliser. Un participant a fait observer que les armes à feu étaient
conçues pour tuer et n’étaient donc pas un outil approprié pour encadrer ou disperser une
réunion, et que leur utilisation pour disperser une réunion était manifestement illicite au
regard du droit international des droits de l’homme. Il a également relevé que les armes à
feu ne contribuaient pas à rétablir la paix et la sécurité, au contraire.
37.
Les experts ont renvoyé au principe 9 des Principes de base de 1990 sur le recours à
la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, qui se
lisait comme suit:
«[l]es responsables de l’application des lois ne doivent pas faire usage
d’armes à feu contre des personnes, sauf en cas de légitime défense ou pour défendre
des tiers contre une menace imminente de mort ou de blessure grave, ou pour
prévenir une infraction particulièrement grave mettant sérieusement en danger des
vies humaines, ou pour procéder à l’arrestation d’une personne présentant un tel
risque et résistant à leur autorité, ou l’empêcher de s’échapper, et seulement lorsque
des mesures moins extrêmes sont insuffisantes pour atteindre ces objectifs.
Quoi qu’il en soit, ils ne recourront intentionnellement à l’usage meurtrier d’armes à
feu que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines».
10
GE.14-10617
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